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SANG CONTAMINÉ Le jeudi 21 novembre 2002

La Croix-Rouge, un laboratoire et quatre médecins inculpés
 

Joël-Denis Bellavance et André Duchesne
La Presse

La ministre de la Santé, Anne McLellan, refuse d'étendre le programme de compensation financière aux Canadiens infectés de l'hépatite C avant 1986 et après 1990, malgré la décision de la GRC de porter 32 accusations criminelles contre la Croix-Rouge, quatre médecins et une compagnie pharmaceutique des États-Unis dans la foulée du scandale du sang contaminé.

Mme McLellan s'est montrée on ne peut plus claire hier à ce propos, malgré les vives critiques lancées par l'opposition et par des victimes qui n'ont pas droit au programme d'aide financière mis sur pied par Ottawa en 1998 et doté d'une enveloppe de 535 millions.

«Nous n'avons pas l'intention de revoir notre décision. Il serait aussi inopportun pour qui que ce soit de commenter cette affaire puisque des accusations viennent d'être portées. Ces questions seront réglées devant les tribunaux», a déclaré la ministre au cours de la période de questions à la Chambre des communes.

Le chef du Parti conservateur, Joe Clark, l'a immédiatement accusée de manquer de compassion à l'endroit de ceux qui ont vu leur vie basculer après avoir été infectés par cette maladie à la suite d'une transfusion sanguine. «C'est carrément inacceptable, a-t-il tranché. J'aimerais bien que Mme McLellan démontre la même compassion qu'a eue le gouvernement de l'Ontario en élargissant le programme d'aide financière à toutes les victimes.»

Le chef conservateur a rappelé que la raison invoquée par Ottawa pour justifier son refus, soit le gouvernement fédéral n'avait aucune responsabilité à l'égard des victimes infectées avant 1986, ne tient plus à la lumière des accusations déposées hier par la GRC, puisque l'enquête porte sur la période allant de 1980 à 1990.

Les accusations de la GRC font suite à une enquête de cinq ans menée sur les graves ratés du système canadien d'approvisionnement en sang qui se sont traduits par l'infection aux virus de l'hépatite C et du VIH/sida de milliers de personnes, notamment chez les hémophiles. La preuve contient 1,2 million de pages de documents.

Si l'annonce a visiblement remué beaucoup de mauvais souvenirs toute la journée, plusieurs commentaires émis par des victimes et des organisations les représentant étaient ponctués de soupirs de soulagement et même de remerciements.

«Nous sommes satisfaits des conclusions de l'enquête, lance Daniel Lapointe, directeur général de la Société canadienne de l'hémophilie. Maintenant, des personnes devront répondre de cette tragédie. La GRC a réalisé un travail très sérieux et très responsable.»

Lui aussi a cependant dit qu'Ottawa devrait étendre le programme de compensation à toutes les victimes, ce qui correspond à la première recommandation de la commission Krever instaurée par le gouvernement canadien pour faire la lumière dans toute cette affaire. De plus, les provinces devraient faire leur part en indexant les sommes qu'elles accordent aux personnes ayant contracté le VIH/SIDA lors d'une transfusion sanguine, a-t-il ajouté.

Accusés et accusationsLes accusations ont été portées contre deux anciens fonctionnaires, autrefois rattachés à la Direction générale de la protection de la santé du gouvernement fédéral. Il s'agit du Dr John Furesz, 75 ans, d'Ottawa, ancien directeur du Bureau des produits biologiques, et du Dr Wark Boucher, 62 ans, de Nepean, ancien chef de la direction des produits du sang.

La Société canadienne de la Croix-Rouge et le Dr Roger Perreault, 66 ans, d'Ottawa, son ancien directeur du service des transfusions sanguines, font également face à des accusations. S'ajoutent la firme Armour Pharmaceutical, du New Jersey, fournisseur de la Croix-Rouge, et son ancien vice-président aux affaires réglementaires et scientifiques, le Dr Michael Rodell, 70 ans, résidant en Pennsylvanie.

Ils sont accusés de négligence criminelle ayant causé des lésions corporelles, une faute passible de 10 ans de prison, et de nuisance publique mettant en danger la vie, la sécurité ou la santé de la population, passible de deux ans de prison. Tous les accusés devront se présenter en cour le mardi 10 décembre à Hamilton ou le mercredi 11 à Toronto, pour les premières audiences.

Au Comité québécois des personnes atteintes du VIH, le directeur général, Guy Germain, se dit lui aussi satisfait des démarches. «Ça fait longtemps que ça dure, mais on va enfin en savoir davantage. Dans le contrôle des banques de sang, il faut avoir affaire à des gens irréprochables», a-t-il commenté.

http://www.cyberpresse.ca/reseau/actualites/0211/act_102110159769.html

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